lundi 19 novembre 2018

Mémoires de porc-épic, Alain Mabanckou





Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je partage avec vous mon avis sur « Mémoires d’un porc-épic » du célèbre écrivain Congolais Alain Mabanckou, qui a reçu le prix Renaudot en 2006 pour ce roman.

J’ai entendu parlé de cet auteur lors de la sortie de son livre « Petit piment » en 2015 et j’ai eu envie de découvrir sa plume à travers ce roman en particulier, qui m’a intriguée car le texte présente un caractère singulier. En effet, il est écrit d’une traite, sans ponctuation à part des virgules.

Mais, je vous rassure tout de suite ! Le manque de ponctuation n’est pas du tout gênant pour la lecture ! J’avais moi-même des appréhensions au début qui se sont très vite dissipées dès les premières pages.

Dans « Mémoires d’un porc-épic »,  Alain Mabanckou explore l’univers mystique africain, à travers la notion de double d’êtres humains, représentés par des animaux. Ces doubles (des animaux, donc) peuvent être pacifiques (caractérisés par leur générosité et leur vie consacrée à faire du bien) ou nuisibles (redoutables, moins répandus que les doubles pacifiques, et qui doivent exécuter les ordres de leur double humain et commettre des meurtres mystiques), et leurs vies sont intimement liées à celle de leur double humain, puisqu’ils sont destinés à mourir le même jour que ce dernier.

Le narrateur est un porc-épic, double nuisible d’un humain du nom de Kibandi. A la mort de ce dernier, à l’âge de 42 ans, le porc-épic trouve refuge sous un baobab, convaincu qu’il va mourir lui-aussi puisque tel est son destin.

En attendant cette mort imminente, il se livre à un monologue dans lequel il s’interroge sur les raisons pour lesquelles il est encore en vie. Interpellant directement le baobab, son confident, il philosophe, analyse la vie des humains, leurs mœurs et habitudes, leurs comportement ; et fait également une rétrospective sur sa propre vie et celle de Kibandi, nous explique par le menu la notion de doubles pacifiques et nuisibles, comment il en est arrivé à démarrer ce « métier », comment il s’y prend pour « manger » les humains désignés par Kibandi, et les péripéties et contraintes liées à cette activité pour le moins singulière.

J’ai aimé lire Mabanckou. Le texte, réparti en six parties (chacune subdivisée en chapitres), est très bien écrit ; le vocabulaire est recherché sans être ronflant ; la lecture est fluide.

Toutefois, il y a une chose qui m’a dérangé dans ce livre : les détails des meurtres mystiques commis par le porc-épic. Car, étant moi-même africaine, même si je sais que ces pratiques mystiques existent, je n’avais pas spécialement envie de prendre part aux confidences détaillées du porc-épic. Ces histoires de sorcellerie, de pratiques occultes, d’êtres humains qui « mangent » leurs semblables n’est définitivement pas ma tasse de thé !

Malgré ce petit bémol lié à la thématique abordée dans le livre et non au talent de narration de l’auteur, je compte bien poursuivre mon exploration de l’univers d’Alain Mabanckou et vous donne rendez-vous prochainement pour un partage littéraire d’un autre de ses romans.

Excellentes lectures à tous et à très bientôt !

Citations
Page 14
c’est vrai que j’ai eu le privilège de battre le record de longévité de mon espèce, de compter le même nombre d’années que mon maître, je ne prétends pas qu’avoir été son double fut une sinécure, c’était un vrai travail, mes sens étaient sollicités, je lui obéissais sans broncher même si durant les dernières missions je commençais à prendre du recul, à me dire que nous creusions notre propre tombe, je devais pourtant lui obéir, j’assumais ma condition de double comme une tortue qui coltinait sa carapace, j’étais le troisième œil, la troisième narine, la troisième oreille de mon maître, ce qui signifie que ce qu’il ne voyait pas, ce qu’il ne sentait pas, ce qu’il n’écoutait pas, je le lui transmettais par songes, et lorsqu’il ne répondait pas à mes messages, j’apparaissais devant lui à l’heure où les hommes et les femmes de Séképembé allaient aux champs

Page 79
mon maître n’avait pas passé un seul jour de sa vie sans revoir cette nuit où son père nous avait vendu son destin, et les images de l’initiation s’imposaient à lui, il se revoyait à Mossaka, à l^’age de dix ans, en pleine nuit, une nuit peuplée d’effraies, de chauves-souris, cette nuit où Papa Kibandi l’avait réveillé à l’insu de sa mère pour l’entraîner de force dans la forêt, et bien avant de quitter la case le petit Kibandi assista à une scène si peu croyable qu’il se frotta les yeux à plusieurs reprises, il constata en effet que son père était à la fois couché près de sa mère et debout à ses côtés, il y avait ainsi deux Papas Kibandi dans la maison, les deux se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, l’un était immobile, couché dans le lit, l’autre était débout, en mouvement, et le gamin, saisi de panique, hurla

Page 154
les romans sont des livres que les hommes écrivent dans le but de raconter des choses qui ne sont pas vraies, ils prétendent que ça vient de leur imagination, il y en a parmi ces romanciers qui vendraient leur mère ou leur père pour me voler mon destin de porc-épic, ils s’en inspireraient, écriraient une histoire dans laquelle je n’aurais pas toujours le meilleur rôle et passerais pour un animal de mauvaises mœurs

lundi 22 octobre 2018

La gueule de leur monde, Abram Almeida





Bonjour à tous,

Pour la chronique de ce jour, je vous invite à découvrir la plume fluide, habile et attachante d’un jeune auteur, Abram Almeida, à travers son premier roman « La gueule de leur monde » qui traite, sous un angle à la fois léger et terriblement réaliste, d’un sujet d’actualité : la migration, en l’occurrence celles des Africains vers l’Europe.

Ces derniers mois, il ne se passe pas une semaine sans que le sujet brûlant des migrants ne soit évoqué dans les médias. Confortablement nichés dans nos quotidiens, l’on pourrait être tenté de ne pas se sentir concerné par leur misère, ou pire encore se dire qu’ils l’ont bien cherché. A-t-on idée de s’entasser dans des embarcations de fortune dans l’espoir d’atteindre les portes d’une Europe déjà accablée par ses propres problèmes économiques et sociaux ? Mais, la vraie question à se poser est : pourquoi ? Pourquoi ces migrants font-ils le choix de quitter leurs pays, leurs familles, au risque de leur vie ? Certainement pas par simple lubie !

L’histoire racontée par Abram Almeida est celle d’un jeune burkinabè, fraîchement diplômé après cinq années d’études dans une université locale, et qui peine à trouver du travail dans un Burkina encore marqué par le soulèvement populaire d’octobre 2014 et la démission du président Compaoré, et où le chômage des jeunes va malheureusement crescendo.

Après plusieurs entretiens d’embauche infructueux et suite à une rencontre fortuite avec deux migrants, notre jeune diplômé qui en a marre de tourner en rond, sans perspectives d’avenir dans son propre pays, prend une décision ultime : tenter lui aussi l’aventure vers l’Europe !

Armé de rêves, d’espoir, d’une naïveté touchante mais parfois agaçante, d’un plan presque parfait et de plusieurs milliers de francs CFA, il se lance donc dans un périple vers le vieux continent. Mais, le voyage vers l’Europe est loin d’être linéaire et dénué d’embûches, d’autant plus lorsqu’on est un migrant clandestin, à la merci de l’adversité, de la précarité et de passeurs malhonnêtes.

Depuis le Niger en passant par le Mali, puis l’Algérie et le Maroc, notre jeune héros qui se lie d’amitié avec d’autres migrants, dont un ivoirien aussi débrouillard que roublard, sera vite confronté aux désillusions d’un voyage où l’imprévu fait loi : agents de douane corrompus au Niger, djihadistes armés jusqu’aux dents et sans états d’âme au Mali, passeurs (devrais-je plutôt dire escrocs) profiteurs de la misère des migrants, policiers violents et bastonneurs en Algérie comme au Maroc, esclavagistes barbares en Libye, changements de plans suite à de nombreux échecs etc.

Et, la violence. Partout. De plus en plus insoutenable. Celle de l’indifférence du monde mais surtout, celle des molesteurs, des tortionnaires. Tout au long du voyage, les cadavres de migrants s’entassent. Nombreux sont ceux qui n’atteindront pas leur destination finale. Le récit de notre jeune héros a beau être empreint d’humour, d’ironie et de bienveillance, notamment envers ses bourreaux, il nous fait vivre de l’intérieur ce qu’on nous montre à la télé sur la condition des migrants au Maghreb, sur l’esclavage des noirs en Libye. C’est comme être dans les coulisses de l’horreur, on s’en passerait bien. Et pourtant, c’est ce que vivent des milliers de migrants.

C’est dur de voir, bien en face, à quoi ressemble la gueule de notre monde. Un monde dans lequel des hommes, des femmes, des enfants risquent leurs vies tous les jours dans leur quête d’un monde meilleur. Comment y rester insensible ? Comment fermer le livre sans vouloir connaître le dénouement ? Notre jeune héros parviendra-t-il à atteindre l’Europe malgré les nombreuses difficultés qui jalonnent sa route ?

Avec « La gueule de leur monde », Abram Almeida signe un récit poignant qui nous renvoie à nos propres existences, à l’absurdité de notre monde et de nos modes de vie.

J’ai beaucoup aimé le style fluide et accessible de l’auteur qui, l’air de rien, nous livre une analyse éclairée sur le monde d’aujourd’hui, à la gueule peu reluisante, où le néo colonialisme des grandes puissances économiques et les enjeux sociopolitiques créent de nombreux dommages collatéraux comme la misère dans de nombreux pays et la horde de migrants de part et d’autre du globe.

Pour finir, j’ai passé un très bon moment de lecture et je recommande donc ce roman sans hésiter !

Très bonne lecture à vous et si vous avez l’occasion de le lire, n’hésitez pas à venir m’en parler sur le blog !


Citations
Page 23
[…] Ces deux parcours de vie m’ont sidéré. Il n’y avait donc pas que moi dans cette galère ? C’était même quelque chose de commun à toute l’Afrique. Le président qui est parti dans un hélicoptère français n’y était donc pour rien ? On a failli le tuer sans raison valable ? Et le général qui a voulu prendre sa place ? Ce n’était ainsi pas sa faute non plus ? C’était préalablement convenu entre tous les chefs d’états africains ? On formait une élite et on la regardait tourner en rond pendant que les parents, amis et connaissances occupaient des postes pour lesquels ils n’avaient aucune compétence ?

Page 105
Et il y en avait d’ailleurs une autre de blague espagnole, bien plus petite que Melilla certes, mais une belle blague quand même. C’était Ceuta. De belles raisons de se foutre sur la gueule en perspective. Dans un avenir qui ne saurait tarder.
Les hommes s’étaient donc partagé notre bonne vieille planète comme s’il s’agissait d’une pizza napolitaine. Ils s’étaient installés un peu partout et avaient décidé que désormais telles et telles parties du monde étaient à eux… du monde, de la mer et même des airs. Ils avaient écrit des chansons bien barbares qu’ils avaient appelés hymnes nationaux, pris des bouts de tissus qu’ils avaient décorés et nommés drapeaux, enfin, ils avaient retranscrit sur papier l’étendue de ce qui était désormais à eux. Ils ont appelé ça des frontières.


Page 112
Satanés réseaux sociaux, aujourd’hui n’importe quel ahuri pouvait déclencher une révolution pour la modique somme de cent quarante caractères bien trempés et d’une connexion internet merdique. Ah, si Gustave Le Bon voyait ça, toute la puissance d’internet au service des foules. Ni plus ni moins qu’une apocalypse en gestation.
L’arme atomique ? Un jouet chers gens, voici Facebook et Twitter. Une photo, une vidéo, un texte et voilà qu’on vous met tout le monde sens dessus dessous. Les réseaux sociaux, c’était ce que l’homme avait inventé qui se rapprochait le plus du verbe : « Lorsqu’Il décide une chose, Il dit seulement : « Sois », et elle est ». Bientôt, on aurait ceci à la place : « Lorsqu’ils décident une chose, ils écrivent seulement : « Hashtag », et elle est ».






lundi 4 juin 2018

Delikatessen, Théo Ananissoh





Bonjour à tous,

J’avais envie de découvrir l’auteur Togolais, Théo Ananissoh, depuis quelques années déjà, alors j’ai décidé d’y remédier cette année ! Et pour cela, j’ai choisi son 6e roman, « Delikatessen », paru en octobre 2017 et dont la quatrième de couverture, bien que laconique de prime abord, a piqué ma curiosité.

Pour tout vous dire, j’ai vécu une expérience presque inédite avec ce livre car je l’ai ouvert avec un apriori étrange (voire absurde), convaincue que je n’allais pas accrocher à l’histoire. Eh bien, c’est tout le contraire qui s’est produit car ce livre m’a littéralement transportée !
Je l'ai lu d'une traite. Impossible de m'arrêter avant la fin. J’avais besoin de savoir ! Et surtout, ce livre me faisait tant de bien que j’avais envie de prolonger ce bon moment. Aucune envie que ça s’arrête !

Alors, j’imagine que vous vous posez tous la question suivante : de quoi parle Delikatessen ?

Enéas, trentenaire togolais qui vit au Canada, rentre à Lomé pour ses vacances, et croise la route de Sonia, belle animatrice télé, également gérante d’un petit restaurant, et dont la beauté attise la convoitise de bien d’hommes.
Sonia est belle. Indéniablement. Elle le sait, elle en joue et maintient autour d’elle des prétendants qui veulent chacun être l’unique homme dans sa vie.
Ignorant qu’elle est convoitée de tous, Enéas la séduit et file le parfait amour avec elle, entre Lomé, Aného et Porto Seguro (actuel Agbodrafo) jusqu’à ce qu’entre en scène un rival implacable, haut placé au sein du gouvernement togolais, qui va bouleverser leurs existences.

L’intrigue, qui se déroule sur trois jours, aborde à travers des lieux chargés d’histoire comme Aného et Porto Seguro (où se trouvent les vestiges de la maison des esclaves), la construction du Togo suite à l’emprise coloniale occidentale, mais aussi son contexte sociopolitique particulier où la corruption, l’influence, la brutalité et la toute-puissance d’une poignée d’hommes détruit l’avenir et la postérité de tout un peuple, comme le déplore à plusieurs reprises le narrateur.

Je dois vous avouer autre chose. Après avoir lu la première page du livre, j’ai failli renoncer. J’ai trouvé le style de Théo Ananissoh un brin trop scolaire. Des phrases simples, courtes. Trop simples ! Qui vont à la fois à l’essentiel mais décrivent méthodiquement et simplement chaque action. Je me suis crue en train de lire le scénario d’un film. Et ça m’a dérangé. Je voulais lire un roman. Pas un scénario ! Et puis… Sans m’en rendre compte, à partir de la 3e page, je n’ai plus arrêté de tourner les pages.

Ce qui fait la force de ce roman, c’est justement son style de narration si particulier, qui intrigue autant qu’il embarque ; son texte d’une intelligence inouïe. Sa simplicité, sa délicatesse cache en réalité une mécanique méthodique dont il devient difficile de s’extirper. Le narrateur interpelle souvent le lecteur, lui parle, le prend à part, lui fait des confidences. Ça surprend au début et puis on s'y habitue, on apprécie l'intimité ainsi permise, ainsi accordée comme à un témoin privilégié.

Tout au long des pages, je me répète une seule chose : ce livre est une claque ! Une claque !

Le style, la narration méthodique. Les personnages si habilement construits autour de la réalité culturelle et politique du Togo sont tellement réalistes, vrais, entiers dans leurs doutes, leurs réflexions, leurs émotions.

Les émotions, justement, sont partout dans ce livre. Tapies derrière les phrases, terriblement justes, elles ne laissent pas indifférent. Elles sont palpables. L'angoisse, la peur, l'anxiété, la rage, le dégoût, l'impuissance, le bonheur, le plaisir de vivre, le plaisir de jouïr !

Je reçois une claque d’émotions, de bonheur à chaque page tournée. Je n’ai pas envie que ça finisse et pourtant, j’ai envie de savoir ce qui va arriver à Enéas et à Sonia.

Delikatessen (qui veut littéralement dire « épicerie fine », en gastronomie) est assurément un grand cru qui se savoure. Il est d'une poésie, d'une délicatesse extrême.

Je le recommande chaudement. Vous devez le lire !

Citations
Page 99
Au pied du lit et jusqu’au plafond […], des tas de choses qu’elle vient peut-être de recouvrir de tissus afin de les dérober à la curiosité involontaire d’Enéas. Pas d’armoire. Une cuvette ici aussi et un panier qui en tiennent lieu, contenant (Enénas suppose) des linges, des pagnes, des robes, et tout ce à quoi tient une femme, quel que soit le lieu du monde où elle vit. Elle tient à ses chaussures, aux crèmes, aux pommades, aux lingeries fines... La pauvreté est extrêmement laide chez la femme et l’enfant. Ce pays humilie la femme. Ces hommes qui l’ont enlevé, ces êtres auxquels la tutelle extérieure interdit d’avoir eux-mêmes pour cause et fin de leur énergie, de leur intelligence, ces hommes interrompus dans leur élan vital y consentent, ces bouffons spoliés de la possession d’eux-mêmes sont des horreurs ; des ordures. Il éprouve plus que de la tristesse ; c’est un véritable sentiment de haine qui lui affecte le cœur.

Page 141
Ici, à Aného, à Lomé, dans tout ce sud côtier du Togo, on ne rénove pas une maison familiale. Aucun fils, aucune fille, même richissime, n’investit dans un bien immobilier qui appartient à une multitude de frères et sœurs hostiles, jaloux, malveillants les uns envers les autres. On revient visiter la vieille mère qui y attend la mort, ou le vieil oncle comme le fait à présent Enéas, on gare devant la ruine stylée (une mémoire architecturale) un rutilant 4 x 4 ou une limousine, on s’assied dans des sièges aux coussins troués, sous des plafonds poussiéreux et trempés d’eau de pluie, on donne de l’argent aux vieillards en repartant, mais jamais on ne s’avise de faire faire des réparations, si petites soient-elles.

Page 180
Enéas… Comment dire ? C’est comme (image prosaïque qui est la première à lui venir à l’esprit)… c’est comme lorsque vous goûtez à quelque chose auquel vous ne vous attendiez pas, et que, d’un coup, vous comprenez que vous pouvez vous nourrir finement sans payer bien plus, que vous pouvez vous montrer exigeant ; que vous avez droit aux delikatessen.

mardi 6 mars 2018

Un avion sans elle, Michel Bussi






Bonjour à tous,

Si vous aimez le suspense et les énigmes à mille inconnues, vous ne serez pas déçu par le livre « Un avion sans elle » de Michel Bussi !
Cela fait près d’un an que plusieurs livres de cet auteur figurent sur ma « reading list ». Alors, en ce début d’année 2018 plein de bonnes résolutions, je me suis enfin décidée à découvrir son univers.
Et je n’ai vraiment pas été déçue par « Un avion sans elle ».

Et pour cause ! Michel Bussi est résolument un maître dans l'art de tenir en haleine un lecteur pendant près de 600 pages, et faire monter crescendo l'envie d'en savoir plus, d’en finir, de découvrir enfin LA vérité !

Alors, de quoi parle ce livre ?

23 décembre 1980. Un avion reliant Istanbul à Paris traverse une tempête de neige et finit par s’écraser en plein Jura, sur le mont Terrible (en réalité le mont Terri). Le bilan est lourd. Sur les 169 passagers de l’avion, 168 décèdent. Un seul survivant donc, et pas des moindres… Un nourrisson de 3 mois, petite fille aux yeux bleus, retrouvée près de l’avion par les pompiers.

Qui est-elle ? Lyse-Rose de Carville, petite-fille du richissime industriel Léonce de Carville ? Ou bien Emilie Vitral, petite-fille de Pierre et Nicole Vitral, modestes vendeurs ambulants de frites ? Car, il y avait 2 nourrissons de 3 mois dans l’avion !

Une bataille juridique démarre entre les deux familles, l’une riche et au bras-long, l’autre pauvre et sans-le-sou. Après plusieurs mois d’une enquête difficile, sans preuves catégoriques et à défaut de pouvoir faire de test ADN à l’époque, la justice finit néanmoins part trancher. La petite fille sera Émilie de Vitral.

29 septembre 1998. 18 ans plus tard, Crédule Grand-Duc, un détective privé mandaté par la famille de Carville, referme avec résignation un cahier dans lequel il a consigné tous les détails de son enquête au cours de toutes ces années. Car en 18 ans, impossible d’affirmer l’identité de la petite fille, surnommée Lylie. Lyse-Rose de Carville ou Emilie Vitral ?

Alors, déçu de n’avoir pu résoudre ce mystère, il décide de mettre fin à ses jours et de laisser son cahier à Lylie, pour son 18e anniversaire. Mais voilà, nouveau rebondissement. Au moment de se tirer une balle dans la tête, un vieux journal du 23 décembre 1980 lui apporte la révélation. La solution de l’énigme ! Mais Crédule Grand-Duc est aussitôt assassiné sans pouvoir dévoiler sa découverte.

A travers les yeux de Marc Vitral, le frère de Lylie, le lecteur est embarqué dans la découverte du cahier d’enquête de Crédule Grand-Duc, et au cœur d’une nouvelle enquête depuis les rues de Paris et de sa banlieue, jusqu’aux montagnes du Jura. Marc parviendra-t-il à résoudre l’énigme grâce au cahier de Grand-Duc ?

Michel Bussi prend un malin plaisir à nous perdre, habilement et volontairement, dans cette énigme abyssale où la vérité n'est pas celle qu'elle semble être et où les apparences sont souvent trompeuses. Le suspense, savamment entretenu, monte progressivement au fil des chapitres caractérisés par une écriture soignée, une douce et efficace mise en branle des mots, et un style incroyablement minutieux.
Chaque phrase est posée exprès, chaque détail compte, chaque mot. Rien n’est placé au hasard pour parfois livrer un petit bout de vérité, lever légèrement le voile sans trop en dire tout de même, voire même pour nous perdre exprès dans toutes ces hypothèses dont chacune pourrait être la bonne…  

Je n’ai d’ailleurs pas résisté à l'envie de m'agacer bruyamment contre les protagonistes de l’histoire qui semblent prendre un malin plaisir à faire durer ce suspense insoutenable alors qu'ils pourraient aller plus vite !

Je me suis fait avoir en commençant ce livre l'après midi. Car c'est le genre de livre qu’on ne lâche que quand il est terminé ! Jusqu'à la dernière ligne, je n'ai pas pu m'arrêter. Le prix ? Une nuit blanche dont mon corps et mon cerveau n'avaient franchement pas besoin !

C'est que Michel Bussi sait s'y prendre pour accrocher votre attention et son intrigue en devient presque obsessionnelle. La vérité finale est une des hypothèses que je m’étais construite au fil de l’histoire, mais j’avoue que j’en aurais préféré une autre J.

Sans vous livrer le fin mot de l’histoire, ce ne serait pas drôle sinon J, je vous invite à découvrir ce livre magnifique que je n’oublierai pas de si tôt et qui me motive beaucoup à lire les autres livres de Bussi qui attendent sur ma « reading list ».

Très bonnes lectures à vous et à très bientôt sur le blog !

jeudi 1 février 2018

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, Raphaëlle Giordano



Bonjour à tous,

J’espère que votre année 2018 a très bien démarré et qu’elle augure déjà de très beaux accomplissements dans vos vies personnelles et professionnelles !

Si tel est le cas, surtout… Continuez, foncez ! Et aussi, gardez de l’optimisme peu importe les aléas éventuels.

Mais, au cas où l’année aurait mal démarré, pour différentes raisons, et que vous avez du mal à envisager un avenir radieux, j’ai pour vous un bel ouvrage qui devrait vous donner les outils pour y arriver !

Cet ouvrage, c’est le best-seller de Raphaëlle Giordano, coach en développement personnel, qui s’intitule « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Le titre, à lui seul, résume plutôt bien le livre mais pas totalement.

Ce livre raconte l’histoire de Camille qui, à 38 ans, traverse une période difficile dans sa vie. Elle n’est pas vraiment malheureuse car… elle a un travail, un mari, un garçon adorable… Et pourtant, elle ne se sent pas heureuse. C’est vrai ! Son travail ne lui plaît plus, sa vie de couple et de famille n’est pas vraiment au beau fixe, et elle a accumulé ces dernières années de nombreuses frustrations qui la minent au quotidien.

Bref, plus rien ne va dans la vie de Camille ! Alors, lorsque pour couronner le tout, sa voiture tombe en panne après une journée de travail horrible à l’issue de laquelle elle n’aspire qu’à rentrer chez elle, c’est le pompon !

Heureusement, dans son malheur, elle frappe à la porte de Claude Dupontel, qui accepte de lui prêter son téléphone pour qu’elle puisse appeler un dépanneur. Là, dans cette maison terriblement accueillante et cosy, face à cet homme d’âge mûr dont les traits invitaient au dialogue, les nerfs de Camille lâchent et elle explose en larmes.

Claude lui explique alors qu’il est « routinologue » et qu’il pourrait l’aider, grâce à une méthode novatrice, à remonter la pente et développer ses capacités à être heureuse.

S’en suivent plusieurs mois où Claude joue un véritable rôle de coach avec Camille, lui expliquant comment se défaire des pensées négatives, toxiques, qui l’engluent dans un cercle vicieux pour créer une routine de cercle vertueux. De rendez-vous en rendez-vous, dans des lieux plus étonnants les uns que les autres, d’exercices pratiques en petits changements successifs dans la vie de Camille, elle parviendra à porter un regard différent sur la vie et à enfin prendre les décisions qui s’imposent pour mener une vie pleinement épanouie.

En bonus, à la fin du livre, l’auteure livre un précieux récapitulatif de chaque étape de la méthodologie utilisée par Claude pour coacher Camille. Vous devriez y trouver des éléments très utiles pour la vie au quotidien.

Je ne peux que conseiller ce roman qui, au-delà de l’histoire personnelle de Camille, est une véritable ode à l’optimisme et à la foi en soi, en ses talents et en ses rêves, malgré les obstacles environnants.

J’espère que vous aimerez ce livre autant que moi et qu’il vous aidera à voir la vie autrement ! Et n’hésitez pas à partager avec nous vos différents avis !


Très bonne lecture et à très vite !

jeudi 4 janvier 2018

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie





Bonjour à tous,

Tout d’abord, tous mes vœux de santé, bonheur et réussite pour vous et vos proches pour cette nouvelle année 2018 qui s’offre à nous !
J’espère que les fêtes de fin d’années furent belles et réjouissantes et que vous démarrez l’année d’un excellent pied !

Pour le premier article de l’année, c’est avec un immense plaisir que je partage avec vous mon avis sur le très célèbre « Americanah » de l’inégalable auteure Nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie.

Vous vous en doutez peut-être déjà mais… J’ai ADORÉ ce roman ! A la fois parce que le style de l’auteure est riche, drôle et prenant ; parce que je suis réellement admirative de son habileté à dépeindre l'absurdité de certaines situations insignifiantes du quotidien sur un ton à la fois léger et drôle ; mais aussi à cause des thématiques abordées dans le roman, qui m’ont inévitablement renvoyée à mon propre vécu d’africaine immigrée en occident.

L’histoire racontée est celle d’Ifemelu, une jeune femme nigériane à la parole audacieuse et irrévérencieuse, qui est née et a grandi au Nigéria, avant de partir aux États-Unis pour ses études supérieures, abandonnant ainsi derrière elle Obinze, son grand amour de jeunesse avec lequel elle nourrissait des envies d’ailleurs.

Sa nouvelle vie aux États-Unis est bien loin de celle qu’elle avait imaginée, tout d’abord à cause de sa vision très idéalisée de l’Amérique qui conduit à un véritable choc de cultures dès son arrivée, mais aussi parce qu’elle est confrontée à la nécessité de travailler pour payer son loyer et ses dépenses quotidiennes, puis à la difficulté de trouver un job avec un visa étudiant, ce qui l’oblige à travailler avec les papiers d’une amie de sa tante Uju.

Suite à une expérience traumatisante, elle plonge dans une sévère dépression pendant laquelle elle coupe les ponts avec Obinze, avant de poursuivre son intégration dans une Amérique où il est encore difficile pour les noirs de se sentir pleinement légitimes, tandis qu’un fossé de plus en plus profond se creuse entre Obinze et elle.

Chimamanda Ngozi Adichie mêle avec habileté passé et présent, faisant des flashbacks réguliers sur les vies d’Ifemelu et d’Obinze lorsqu’ils étaient au Nigéria, avant de nous entraîner, tour à tour, dans leurs vies présentes, Ifemelu aux États-Unis, Obinze tentant  sa chance en Angleterre avant de retourner au Nigéria, puis à nouveau dans celle d’Ifemelu lorsqu’elle prend la décision de retourner vivre dans son pays d’origine après quinze ans passés aux États-Unis.

 Au-delà du récit des vies d’Ifemelu et d’Obinze et de leur histoire d’amour attachante et passionnée, c’est la condition même de l’être noir qui est décortiquée par l’auteure, qu’il vive en Afrique ou en occident. En Afrique où les noirs sont majoritaires, Ifemelu n’a jamais eu à réfléchir à sa couleur de peau, ce qui n’est pas le cas lorsqu’elle arrive aux États-Unis, où elle réalise que les noirs sont une minorité discriminée et sur lesquels le poids de l’esclavage continue à peser. Ses observations sur la condition de l’Homme noir aux États-Unis feront d’ailleurs l’objet de son blog intitulé « Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu'on appelait jadis les nègres) par une Noire non-américaine » et dont quelques extraits sont régulièrement cités dans le livre.

L’auteure aborde également la difficulté pour un noir africain, diplômé dans son pays d’origine, de pouvoir exercer le même métier aux États-Unis, sans équivalences, à l’instar d’Uju, la tante d’Ifemelu, qui a dû pratiquement tout recommencer à zéro avant de pouvoir exercer comme médecin.

Le thème du défrisage, pratique très répandue chez les noirs, surtout les femmes, est également abordé. A son arrivée aux États-Unis, Ifemelu porte ses cheveux naturellement crépus sous des tresses avant de se résoudre à les défriser lorsqu’elle finit ses études et commence à passer des entretiens d’embauche, afin de rentrer dans la « norme » du cheveu lisse, considéré comme professionnel, là où le cheveu crépu, lui, est considéré comme… non professionnel. Très rapidement, le défrisage abîme ses cheveux, provoquant leur chute, ce qui l’oblige à arrêter cette pratique et, aidée d’une amie noire, à faire des recherches pour garder à nouveau ses cheveux naturellement crépus.

Au fil du roman, les époques se succèdent, telles les vies plurielles qu’un être humain peut avoir au cours d’une seule et même existence. Ainsi, les parents d’Ifemelu finissent par avoir un téléphone fixe à la maison alors que, dans sa jeunesse, ils n’en avaient pas les moyens ; Ifemelu, qui manquait d'argent pour payer son loyer et faire des courses, vivait dans un logement miteux et peinait à joindre les deux bouts, finira par mener une vie de luxe lorsqu’elle sort avec Curt, un Américain blanc, avant de gagner sa propre vie grâce au succès de son blog qui génère des revenus confortables à travers les publicités, devenant ainsi une vraie Americanah autrement dit, une nigériane américanisée.

A nouveau, chapeau bas à Chimamanda Ngozi Adichie pour ce 3e roman remarquable, que j’ai eu le plaisir de savourer après les deux premiers (L’hibiscus pourpre ; L’autre moitié du soleil) qui m’avaient également séduites.

Si vous aussi vous l’avez lu, n’hésitez pas à partager vos ressentis avec  moi !

Très bonnes lectures et à très bientôt sur le blog pour un nouveau partage littéraire !


Citations

Page 104
Quand Ifemelu rapporta à ses parents que la famille de Ginika avait enfin décidé de partir (aux États-Unis, ndlr), son père soupira : « Au moins ils ont la chance d’avoir le choix », et sa mère ajouta « Ils sont bénis. » […]
- Ginika, j’espère que tu sauras encore nous parler à ton retour, dit Priye.
- Quand elle reviendra, elle sera devenue une Americanah sérieuse comme Bisi, dit Ranyinudo.
Elles s’esclaffèrent en entendant le mot « Americanah », prononcé avec jubilation, en traînant sur la quatrième syllabe, et à la pensé de Bisi, une fille de la classe en dessous de la leur qui était revenue d’un court séjour en Amérique avec des manières affectées, feignant de ne plus comprendre le yoruba […].

Page 274
Ifemelu resta en contemplation (à la fenêtre, ndlr) jusqu’à ce que Tante Uju s’asseye à la table, buvant du jus d’orange et exposant ses doléances comme des bijoux. C’était devenu une habitude durant les visites d’Ifemelu : elle rassemblait tous ses griefs dans une bourse de soie, les entretenait, les polissait, et quand Ifemelu venait en visite le samedi, Batholomew absent et Dike à l’étage, elle les étalait sur la table, les retournait chacun dans un sens puis dans l’autre, pour les mettre en lumière.

Page 308
Extrait du blog d’Ifemelu

Les minorités raciales en Amérique – Noirs, Latinos, Asiatiques et Juifs – sont toutes recouvertes de merde par les Blancs, des merdes différentes, mais de la merde quand même. Chacune croit secrètement recevoir la pire. […] Cependant, tous les autres croient être supérieurs aux Noirs parce que, eh bien, parce qu’ils ne sont pas noirs. […] De nombreuses minorités ont une attirance conflictuelle pour la blancheur WASP ou, plus précisément, pour les privilèges de la blancheur WASP. Ils n’aiment probablement pas vraiment la peau blanche mais ils aiment certainement pouvoir entrer dans un magasin sans être suivis par un type de la sécurité. […] Alors si tout le monde en Amérique aspire à être WASP, à quoi aspirent les WASP ? Quelqu’un le sait-il ?



mardi 5 septembre 2017

Contours du jour qui vient, Léonora Miano






Cela fait déjà deux ans que j’entends parler de Léonora Miano, écrivaine d’origine camerounaise, dans des termes très élogieux. C’est donc très naturellement que j’ai décidé de découvrir ses œuvres en commençant par « Contours du jour qui vient », dont le résumé a piqué ma curiosité.

Ce roman, publié en 2006, est en fait le 2e roman de l’auteure et fait partie d’une trilogie commencée en 2005 avec « L’intérieur de la nuit » et clôturée en 2009 par « Les aubes écarlates ».

« Contours du jour qui vient » raconte l’histoire de Musango, une fillette de neuf ans, qui habite un quartier de Sombé, ville du Mboasu, pays imaginaire d’Afrique équatoriale qui vient d’essuyer une sanglante guerre civile. Musango est constamment maltraitée par sa mère qui pense qu'elle est envoûtée, selon les dires d'une voyante, et l’accuse d'avoir tué son père. Au fil des pages, on comprend que Musango souffre en réalité d’une maladie du sang, la drépanocytose, qui est à l’origine de crises de douleur atroces.

A l’issue d’un ultime acte de maltraitance au cours duquel sa mère l’a rossée de coups et l’a attachée à son lit avec pour première idée de la brûler afin d’anéantir le démon qui vivait en elle, elle fut finalement chassée de la maison, nue, affamée et se retrouva à errer dans les rues de Sombé. Après plusieurs jours d’errance, elle fut d’abord recueillie par Ayané, une âme charitable, avant d’être enlevée par des voyous puis vendue à un groupe d’hommes à la tête d’une secte religieuse et qui, en réalité, exploitent des jeunes filles qu’ils envoient faire le trottoir en Europe.

Tourmentée par l'incompréhension du rejet de sa mère depuis sa naissance jusqu'à cet acte ultime où elle l'a jetée à la rue, Musango mène au fil de l’histoire une véritable introspection où elle analyse l’histoire de sa vie afin de tenter de mettre fin à la colère qui l’anime et de se reconstruire malgré les épreuves qui jalonnent sa longue route.

Le livre met en lumière l'absurdité de certaines croyances africaines (comme celle des démons qui se glissent dans le corps de vos proches afin de vous nuire) qui conduisent à de véritables drames familiaux et rendent les gens influençables, à la merci de sectes religieuses qui leur promettent de les délivrer des esprits maléfiques, du péché et de la misère.

Léonora Miano dépeint sans complaisance mais avec un indéniable humour noir les travers de la société africaine. Le personnage de Musango, riche et complexe, décortique avec habileté les pratiques de son pays, la corruption, la misère, les comportements déviants d’une société où les enfants sont considérés comme des bouches à nourrir et où l’excuse de la sorcellerie est souvent évoquée pour se débarrasser d’eux. Autant de maux qui conduisent les habitants de Sombé à la nécessité de trouver refuge dans les croyances et les promesses des nouvelles églises.

Certains passages du livre sont violents, durs, à l’instar de ceux relatifs à la vie difficile des enfants de rue. Il faut s’accrocher pour aller au-delà de cette brutalité, car l’ouvrage en vaut la peine à travers sa poésie et le message d’espérance qu’il véhicule. Quant aux analyses livrées à travers le regard de Musango, bien qu’impeccablement construites, elles sont bien trop matures pour être portées par une enfant de douze ans (âge de Musango à la fin du livre).

En refermant le livre, je suis ravie d’avoir découvert la plume déterminée et habile de Léonora Miano et ne tarderai pas à lire ses autres ouvrages. Rendez-vous donc prochainement sur le blog pour les partager avec vous !

Citations
Page 52
Les autres n’avaient pas tellement envie d’évoquer leurs désirs secrets. Elles voulaient bien dire comment elles en étaient arrivées là, mais pas plus. Elles savaient qu’il ne servait à rien de parler de ce qu’on voulait faire. Il fallait le faire, c’est tout. Les mots s’envolaient, emportant au loin des bribes de cette énergie vitale qu’on devait concentrer sur l’objectif. Et puis, les paroles attiraient les mauvaises pensées des autres qui, à force de souhaiter l’échec, le faisaient advenir. Le cœur de ces femmes était donc muet. Il ne dévoilait rien de ce qui lui importait. Et lorsque leurs bouches s’exprimaient, on ne pouvait démêler le vrai du faux.

Page 123
Les hommes de ce pays n’aiment que les femmes qui ne veulent pas d’eux. Ils veulent tout donner à celles qui les dédaignent. Les autres les effraient avec leur amour et les multiples exigences qu’ils pressentent dans leurs regards, dans leurs attentes silencieuses, dans les larmes qu’elles versent en secret et qui laissent sur le quotidien la marque visible de l’inassouvi. […] Ils courent vite au-dehors, chercher n’importe quoi, s’étourdir dans des bras qui n’ont à leur offrir que la chaleur éphémère des pulsions ordinaires. […] Ils ne sont pas faits pour les grandes amoureuses, mais pour les réalistes qui savent qu’il leur faudra toujours compter avec ces hommes et jamais sur eux.

Page 176
Les gardiens de La Porte Ouverte du Paradis (secte) sont des faussaires […]. Ils professent eux aussi une foi truquée. Ici, on ne croit pas vraiment. On mise. On tente le coup. Papa et Mama Bosangui savent très bien à qui ils ont affaire. Ils connaissent parfaitement les rouages de la mécanique mentale de ce peuple qui ne peut croire en rien, puisqu’il ne croit pas en lui. Tout doit venir d’ailleurs, d’en haut, d’en bas, peu importe, pourvu que ce ne soit pas de l’intérieur.